Paralysé par une grève générale - Le cercle de la
contestation sociale ne cesse de s'élargir. Le torrent contestataire
charrie tout sur son passage. Quasiment aucune catégorie sociale n'en
est épargnée. Hier, 3 500 travailleurs ont bloqué le port d'Alger pour
protester contre leurs conditions de travail jugées «désastreuses» et
dont ils réclament l'amélioration. Qu'ils soient dockers, journaliers,
employés du service d'hygiène, conducteurs de grue, les grévistes
dénoncent l'absence des conditions «basiques» pour un bon exercice de
leur métier avec tous les risques encourus. Les travailleurs citent,
entre autres défaillances, la vétusté du matériel, l'absence d'hygiène à
l'origine de nombreuses maladies graves et une sécurité défaillante,
voire inexistante notamment lorsqu'il s'agit de manipuler des containers
contenant des produits chimiques. Sans compter les vestiaires «sales et
dépourvus d'eau courante» devenus, selon les témoignages des
travailleurs, un terreau favorable à l'apparition et à la prolifération
des microbes.Un jeune travailleur exerçant dans le service de nettoyage
témoigne : «Il nous arrive souvent de manipuler des containers d'ails et
autres légumes secs qui moisissent sur le tarmac portuaire pendant des
mois.
Je vous assure que les odeurs pestilentielles qui s'en dégagent feraient fuir même un putois. Figurez-vous que nous faisons ce sale boulot dans un total irrespect des normes de sécurité par la faute de la direction qui ne se soucie pas outre mesure de notre santé.» Plusieurs autres témoignages font état d'accidents graves ayant, au mieux, entraîné des invalidités chroniques et, au pire, mort d'homme.
Des témoignages font également cas de maladies cutanées et autres infections graves en raison du contact direct avec des produits chimiques d'une extrême dangerosité.
Un quinquagénaire ayant exercé pendant plus de 30 ans au sein de l'Entreprise portuaire d'Alger (Epal) - devenue Dubai Port World (DPW) après l'entrée en jeu de partenaires étrangers, émiratis notamment -, victime d'un grave accident du travail qui lui a valu une amputation de la jambe, regrette avec amertume l'«ingratitude» de l'administration qui n'a pas, a-t-il déclaré, volé à son secours. «C'est nous qui allions le voir à l'hôpital, lancent ses collègues.
L'administration a fait preuve d'une flagrante et gravissime non-assistance à personne en danger.» Un autre travailleur ayant cumulé plusieurs années de service au sein de l'ex-Epal déplore le fait qu'on lui ait refusé une promotion au poste de chef de service des moyens généraux qu'il convoitait depuis deux années. «Pourtant, en plus des années que j'ai passées dans ce service [moyens généraux, ndlr], je suis un parfait bilingue arabe-français», fait-il remarquer.
D'autres travailleurs racontent qu'il leur arrive de travailler dans des chambres froides sans pour autant qu'ils soient munis des combinaisons nécessaires à ce genre d'opération : «C'est pourquoi, nous demandons qu'une prime de risque nous soit octroyée.»
Par ailleurs, les travailleurs du port d'Alger s'insurgent contre le «deux poids, deux mesures» en ce qui concerne les rémunérations accordées au agents de pilotage dont la mission est de faire amarrer un bateau avant qu'il ne soit déchargé par les dockers.
«Récemment, ils ont bénéficié d'un rappel de 25 millions de centimes et d'une prime de 14 000 DA. Un comble quand on sait que c'est nous qui sommes exposés au danger de mort», fulmine un jeune travailleur.
«J'exerce depuis huit ans au sein de cet établissement en qualité de journalier et ce n'est que dernièrement, il y a environ 8 mois, qu'on m'a fait signer mon contrat. Ce qui signifie que les 8 années passées ne seront tout simplement pas prises en compte», s'indigne un gréviste.Interrogés sur le rôle de leur section syndicale quant à la prise en charge de leurs préoccupations, les grévistes n'y sont pas allés par des voies détournées pour accuser les syndicalistes de «vendus et à la solde de l'administration».
Les grévistes estiment à 30 milliards de dinars les pertes financières causées par cette grève illimitée. «L'administration aurait pu s'épargner ces pertes monumentales et satisfaire nos revendications», soulignent les travailleurs. Notons, enfin, que la grève demeure ouverte jusqu'à la satisfaction de l'ensemble des revendications, assurent les grévistes.
Younès Djama
La Tribune/19/05/2011
Je vous assure que les odeurs pestilentielles qui s'en dégagent feraient fuir même un putois. Figurez-vous que nous faisons ce sale boulot dans un total irrespect des normes de sécurité par la faute de la direction qui ne se soucie pas outre mesure de notre santé.» Plusieurs autres témoignages font état d'accidents graves ayant, au mieux, entraîné des invalidités chroniques et, au pire, mort d'homme.
Des témoignages font également cas de maladies cutanées et autres infections graves en raison du contact direct avec des produits chimiques d'une extrême dangerosité.
Un quinquagénaire ayant exercé pendant plus de 30 ans au sein de l'Entreprise portuaire d'Alger (Epal) - devenue Dubai Port World (DPW) après l'entrée en jeu de partenaires étrangers, émiratis notamment -, victime d'un grave accident du travail qui lui a valu une amputation de la jambe, regrette avec amertume l'«ingratitude» de l'administration qui n'a pas, a-t-il déclaré, volé à son secours. «C'est nous qui allions le voir à l'hôpital, lancent ses collègues.
L'administration a fait preuve d'une flagrante et gravissime non-assistance à personne en danger.» Un autre travailleur ayant cumulé plusieurs années de service au sein de l'ex-Epal déplore le fait qu'on lui ait refusé une promotion au poste de chef de service des moyens généraux qu'il convoitait depuis deux années. «Pourtant, en plus des années que j'ai passées dans ce service [moyens généraux, ndlr], je suis un parfait bilingue arabe-français», fait-il remarquer.
D'autres travailleurs racontent qu'il leur arrive de travailler dans des chambres froides sans pour autant qu'ils soient munis des combinaisons nécessaires à ce genre d'opération : «C'est pourquoi, nous demandons qu'une prime de risque nous soit octroyée.»
Par ailleurs, les travailleurs du port d'Alger s'insurgent contre le «deux poids, deux mesures» en ce qui concerne les rémunérations accordées au agents de pilotage dont la mission est de faire amarrer un bateau avant qu'il ne soit déchargé par les dockers.
«Récemment, ils ont bénéficié d'un rappel de 25 millions de centimes et d'une prime de 14 000 DA. Un comble quand on sait que c'est nous qui sommes exposés au danger de mort», fulmine un jeune travailleur.
«J'exerce depuis huit ans au sein de cet établissement en qualité de journalier et ce n'est que dernièrement, il y a environ 8 mois, qu'on m'a fait signer mon contrat. Ce qui signifie que les 8 années passées ne seront tout simplement pas prises en compte», s'indigne un gréviste.Interrogés sur le rôle de leur section syndicale quant à la prise en charge de leurs préoccupations, les grévistes n'y sont pas allés par des voies détournées pour accuser les syndicalistes de «vendus et à la solde de l'administration».
Les grévistes estiment à 30 milliards de dinars les pertes financières causées par cette grève illimitée. «L'administration aurait pu s'épargner ces pertes monumentales et satisfaire nos revendications», soulignent les travailleurs. Notons, enfin, que la grève demeure ouverte jusqu'à la satisfaction de l'ensemble des revendications, assurent les grévistes.
Younès Djama
La Tribune/19/05/2011
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire